Je me réveillais le lendemain avec la ferme intention de découvrir tout ce que je pouvais sur les licornes. J'avais très mal dormi pendant la nuit, je repensais à la sirène, au fait qu'elle lisait dans mes pensées. Ça ne me plaisait pas beaucoup que quelqu'un puisse entendre ce que je me dis à moi-même. Il faudrait que je fasse plus attention la prochaine fois. Je me dirigeai vers la cuisine pour manger quelque chose avant de questionner mon père. Je m'installai à table, pris ma fourchette, et dégustai toutes les saveurs qui se trouvaient dans mon bol. C'était délicieux, je ne savais pas exactement ce que c'était mais il y avait du jaune, du rose, du bleu et du vert. J'en repris deux fois avant de repartir dans ma chambre. Je me demandai comment poser les questions à mon père. Fallait-il que j'attaque directement avec « Papa, quels sont les pouvoirs des licornes ? ». Où Fallait-il que je parle un peu de Guinevere ? Peut-être que la deuxième solution était la meilleure, mais ça prendrait beaucoup trop de temps. Surtout si je devais m'y prendre de la même façon avec ma tante et mon oncle. Je tournais en rond dans ma petite chambre, faisant les cent pas, quand soudain j'entendis frapper à la porte :
-Cressida, ça va ? Me demanda Iolanthe.
-Oui, pourquoi me demandes-tu cela ?
-Parce que après le petit déjeuner tu es directement repartie dans ta chambre, tu n'as même pas dis bonjour ce matin, tu n'as pas dis un seul mot. Tu n'es pas comme ça d'habitude, et ...
-Je vais mener une ... enquête, et je ne sais pas vraiment comment m'y prendre, la coupai-je.
-Ho, je vois ! Veux-tu de l'aide ?
Je songeai à sa proposition quelques instants et me disais qu'une aide serait sûrement nécessaire.
-Bien sur ! Se serait vraiment gentil de ta part, m'enthousiasmai-je.
-Tant mieux si je suis utile, mais, en quoi consiste ton enquête ?
-J'aimerais découvrir quels sont les pouvoirs des licornes, et surtout de Guinevere.
-Et tu as besoin de mener une enquête pour ça ? Il suffit de demander à nos parents, ricana-t-elle.
Je levai les yeux au ciel, me disant que sa présence allait peut être me ralentir si il fallait que je lui explique tout ce que j'avais appris quand elle n'était pas là.
-Ce n'est pas si simple, ma mère refuse de me dire ce qu'elle sait ! Elle dit « Tu découvriras par toi-même ».
-Ha, mais ce n'est pas la seule adulte, tu sais ?
-Ah Bon ? Je ne savais pas ! Oh merci de m'avoir tiré d'affaire en me le disant, dis-je avec ironie.
-Ça va, ça va, j'arrête de dire des choses inutiles et je t'aide. A qui veux-tu que je demande ?
-J'aimerais que tu ailles demander à tes amis et aux sirènes, lui dis-je.
-Aux sirènes ? Comment je m'y prends ?
-Heu ... dis que tu viens au nom de Cressida et qu'on a vraiment besoin de leur aide.
-D'accord, j'y vais, à tout à l'heure.
Je réfléchis encore quelques minutes avant de me dire qu'il fallait demander directement, sans préparer le terrain. De toute façon, la fin serait la même. Je sortis de ma chambre et allai dehors, je vis mon père bien installé dans une feuille. J'inspirai profondément deux fois avant de marcher lentement vers lui, plus que quelques pas et j'y étais. Il me regarda, un sourcil plus haut que l'autre, je compris que mon attitude n'était pas comme d'habitude. Je me postai juste devant lui, inspirai de nouveau très profondément et me décidai à entamer la discussion.
-Papa, j'ai quelque chose à te demander, dis-je.
Il se redressa pour être assis, les jambes croisées, il pris un air sérieux et posait ses mains sur ses cuisses.
-Je t'écoute, Cressida.
-J'aimerais savoir ce que tu sais sur les licornes.
Il ouvrit de grands yeux, ne s'attendant pas du tout à cette question. Je compris que ma mère ne lui avait pas parlé de notre conversation de la veille.
-Les licornes sont des créatures très fascinantes, naturellement. J'ai un livre sur les licornes, il est très poussiéreux et très lourd. Je ne l'ai jamais lu, je n'en ai pas eu le temps.
-Ça ne répond pas à ma question, papa.
-Oui, désolé. Les licornes sont des créatures très fascinantes, elles sont sublimes, intelligentes, gentilles, mais je ne peux pas te dire ce que je pense être leur pouvoir.
Je me retournai sans lui répondre, me dirigeai à l'intérieur, allai dans ma chambre en espérant que Iolanthe aurait récolté plus d'information que moi pour l'instant. Je ressortis de la chambre pour aller voir ma tante, Lirit.
-Lirit, est ce que tu sais quel est le pouvoir des licornes ?
-« le pouvoir » ? Tu penses qu'elles n'en ont qu'un ? S'étonna-t-elle.
-J'en sais rien, peux tu me dire ce que tu sais ?
-Les licornes sont magnifiques, gentilles, intelligentes. Se sont vraiment des créatures fascinantes, mais je ne ...
Je me retournai sans la laisser finir, sachant pertinemment qu'elle ne m'en dirait pas plus. Est-ce que mon oncle accepterait de m'en dire d'avantage ? Espérons-le. Je me dirigeai vers lui, il était assis sur une chaise, en train de lire. Il portait un pantalon fait avec les feuilles de l'arbre voisin du notre. Je m'assis à côté de lui.
-Gabriel, sais-tu quelque chose sur les licornes que tu pourrais me dire ? Lui demandai-je.
-Je sais que les licornes sont très intelligentes, très gentilles, absolument sublime et ...
-... Et très fascinantes, terminai-je, lassée.
Il ne faudrait pas compter sur ma famille pour apprendre quoi que ce soit sur les licornes. Je devrais découvrir par moi-même, comme ma mère me l'avait dit.
-Cressida, viens voir, me lança mon père.
-Qu'est ce qu'il y a ?
-Voilà le livre dont je t'ai parlée, je pense que tu en apprendras d'avantage sur les licornes en le lisant.
-Merci papa, lui dis-je.
Il me mit le livre sur les bras, il était très lourd. Je l'emmenai dans ma chambre, le posai sur mon lit et éternuai. De la poussière vola du livre. En effet, mon père ne l'avait pas ouvert ni même touché. Je passai ma main pour enlever toute la poussière. Il fallait que je lui trouve une place ou je n'aurais pas à le bouger, vu son poids. Je le mis sur le bureau. Il me faudrait au moins des années pour finir ce livre. Ma mère m'appela pour manger. Je sortis de la chambre et me dirigeai vers la cuisine. Iolanthe n'était pas encore revenu, je considérais ça comme une bonne nouvelle. Je m'installai et mangeais sans parler. Je me demandais si les membres de ma famille savaient d'autres choses sur les licornes que le fait qu'elles soient « fascinantes, magnifiques, intelligentes et gentilles ». Iolanthe entra, aucune expression sur le visage. Une fois le repas terminé je me dirigeais vers ma chambre, suivie de ma cousine.
-Alors, as-tu appris quelque chose ? Demandai-je avec impatience.
-Les fées ne connaissent rien au sujet des licornes.
-Et les sirènes ?
-Une sirène à la queue violette m'a dit qu'elle savait tout sur les licornes mais qu'elle ne pouvait rien me dire ...
-Evidemment qu'elle sait tout, elle lit dans leurs pensées, dis-je.
-Ha bon ? Les sirènes lisent dans les pensées ?
-Bien sur pourquoi ? À quoi as-tu pensé en sa présence ?
-Heu ... Rien de bien important, dit-elle.
-Bon, mon père m'a donné ce livre sur les licornes. On en apprendra sûrement plus en l'ouvrant.
-Oui.
J'ouvris le livre, il y avait une magnifique illustration d'une licorne au galop, je tournai la page, encore une illustration. Iolanthe passait les pages très rapidement. Une fois arrivée à la dernière page, nous vîmes écrit :
« Pour en savoir plus, cherchez les légendes humaines. »
J'étais énervée. Décidément, cette enquête durerait longtemps. Je sortis un sac de dessous mon lit, pris quelques tenues dans mon armoire et les enfouis dans le sac. Je réfléchis quelques instants et me disais qu'il faudrait des tenues un peu plus humaines.
-Tu vas faire quoi ? Me demanda Iolanthe.
-Je vais partir chercher les légendes humaines.
-Je peux te prêter des tenues si tu veux, mais je te conseille de partir pendant la nuit.
-Pourquoi ? Demandai-je.
-Parce que ta mère ne te laissera jamais partir ...
-Oui c'est vrai, merci.
-J'vais te chercher mes vêtements humains.
Elle revînt quelques minutes plus tard.
-Voilà ! Alors ça, tu le mets en bas.
-Mais, c'est pour les hommes ! M'exclamai-je.
-Non, les humaines en mettent. Ensuite, tu mets ça en haut et par-dessus tu mets ceci pour ne pas avoir froid.
-Et mes ailes ?
-Je t'es fais des fentes pour que tes ailes puissent passer, me dit-elle.
-Mais je les cache comment les ailes ?
-Avec cette cape noire.
-D'accord. Je ne pourrais jamais mettre des tenues normales ?
Elle réfléchit quelques instants.
-Si, bien sur, si jamais tu vas dans une soirée déguisée, s'amusa-t-elle.
Ma mère nous appela pour aller manger. Nous nous dirigions vers la cuisine, je m'installai devant mon assiette. Vingt minutes s'écoulèrent.
-Vous êtes bien silencieuses se soir, dit Lirit.
-On est fatiguées, c'est pour ça, lui répondit Iolanthe.
-Et on a rien à se raconter, aujourd'hui, ajoutai-je.
Le repas se termina dans le silence. Une fois mon assiette terminée, je retournais dans ma chambre pour mettre ce que m'avait donnée Iolanthe dans le sac. Je trouvais tous ces vêtements de mauvais goût. Qui aurait pu croire que les humains mettaient des choses aussi ... bizarres. Je tournai la tête et vis une photo de moi et mes parents. Je sentis les larmes monter à mes yeux, je secouai la tête et me dis que de toute façon, le voyage serait de courte durée. Même si je ne trouvais pas de réponse à ma question, je reviendrais.
Je n'entendais plus un bruit, Iolanthe entra avec un petit sac fait de feuilles, je la regardais d'un air interrogatif.
-Se sont des provisions, tu ne sais pas ce qu'ils mangent les humains, si ça se trouve, ce n'est pas comestible, me dit-elle.
-Ho, je n'y avais pas pensé ! Merci, Iolanthe, lui répondis-je.
-C'est le moment, ils sont tous allé se coucher, la nuit est tombée.
-Oui, heu ... dis à mes parents que je les aime, qu'ils vont me manquer durant le voyage.
-Je leur dirait, bon voyage et bonne chance, me dit-elle en souriant.
-Merci, à très bientôt. Tu vas me manquer, Iolanthe.
-Toi aussi, Cressida.
Elle referma aussitôt la porte, je pensais qu'elle pleurait. Ses yeux brillaient avant qu'elle referme la porte. J'inspirai, je pris mon sac de vêtements dans une main et mon sac de nourriture dans l'autre et me mis à voler. Je regardais les arbres qui formaient des boules vertes, le chemin de cailloux ... C'était ridicule, dans quelques temps j'allais retrouver tout ça. Je vis le près et redescendis à terre. Guinevere courut vers moi, je montai sur son dos.
-On va partir, Guinevere, on va partir très loin ..., lui dis-je en lui caressant la tête.
Elle galopa jusqu'au lac sans que je lui demande. Je descendis de son dos et plongeai sous l'eau, mémorisant chaque détail de ce petit paradis. J'aperçus la sirène sous forme de poisson. Me souvenant qu'elle lisait dans mes pensées je me demandais « comment t'appelles-tu ? » et j'entendis, comme si je me le disait « Ella Maundrell ». Ma mère ne m'avait pas dit que les sirènes pouvaient communiquer avec nous par la pensée. « Et oui, beaucoup l'ignore ! Bonne chance pour ton voyage, à bientôt Cressida ». Heureusement que je n'avais pas à parler parce que je n'en aurais pas eu le courage. Je songeais à un merci avant de ressortir de l'eau, sachant qu'elle l'entendrait. Je sortis la tête de l'eau, secouai la tête pour surmonter le choc et sortis complètement. Je remontai sur le dos de Guinevere, elle tourna la tête vers moi comme pour attendre les ordres.
-Partons ! Déclarai-je.
Elle baissa la tête en la secouant d'un air désespéré. Je savais que je n'avais pas été assez clair dans ce que je lui avais dit mais ... Ou allions nous ? Je l'ignorais. Je ne savais pas dans quelle ville nous devions aller, je ne connaissais même pas les noms des villes humaines. Comment Guinevere voulait-elle que je lui donne un lieu précis ?
-Guinevere, s'il te plait, fais un effort, galope, tout simplement.
Elle me regarda avec de grands yeux, elle ne savait même pas dans quelle direction aller. Moi non plus. Je soupirai en me disant que ce voyage risquait de devenir très vite pénible.
-Partons par là, dis-je en pointant du doigt une direction au hasard.
Guinevere partit directement au galop, je m'accrochais à sa crinière, les arbres défilèrent autour de moi, le vent séchait mes yeux, je les fermais en imaginant qu'à ce moment mes parents, mon oncle et ma tante dormaient paisiblement et Iolanthe devait sûrement pleurer. J'ouvris les yeux, m'apercevant que l'on était plus à Prettyextravaganza. Je commençais à regretter ma décision de partir chercher les légendes.